Séismes en Béarn : doit-on craindre un violent tremblement de terre ?

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Source Sud-Ouest

Après deux tremblements de terre en l’espace de quelques jours, décryptage de ce phénomène habituel dans les Pyrénées avec Guy Sénéchal, sismologue à l’université de Pau

Un séisme de magnitude 3,6 mercredi dernier, un autre de 3,8 lundi soir : les Béarnais ont ressenti deux secousses en l’espace de quelques jours. Mais pas de quoi s’alarmer, rappelle Guy Sénéchal, sismologue et maître de conférence en géophysique à l’université de Pau – Pays de l’Adour.

 

Deux séismes ont été ressentis en Béarn ces derniers jours. Logique ?

Historiquement, les Pyrénées sont la région la plus sismogène de France métropolitaine. On y enregistre entre 300 et 400 séismes chaque année, principalement sur un axe entre Bagnères-de-Bigorre et Arette, en passant par Lourdes, Argelès-Gazost, Arudy et Aramits et ces séismes sont d’origine tectonique, naturelle. Et Il y a par ailleurs la sismicité induite liée à l’exploitation du gisement de gaz sur le bassin de Lacq. Lorsqu’on extrait le gaz, les changements de contraintes dans le sous-sol font rejouer les failles, celles-ci pouvant glisser de quelques millimètres. Les tremblements de terre liés à la tectonique des plaques résultent du fait qu’à partir d’il y a environ 100 millions d’années, la collision entre les plaques eurasienne (sur laquelle nous sommes) et ibérique a conduit à former les Pyrénées. Aujourd’hui, on considère que les deux plaques sont quasiment soudées mais il y a toujours un peu de sismicité car le processus n’est pas totalement achevé.

La zone du séisme et son intensité estimée par le site www.franceseisme.fr

Il n’y a donc rien d’anormal à ce que la terre tremble régulièrement…

C’est tout à fait normal, il y a toujours eu des séismes et il y en aura d’autres. On se souvient notamment de ceux d’Arette en 1967 et d’Arudy en 1980 qui étaient de magnitude 5,2 environ sur l’échelle de Richter. Le plus gros dont on ait la trace est celui de Bagnères-de-Bigorre, en 1660. On ne pouvait pas mesurer l’énergie des tremblements de terre à l’époque mais selon les témoignages, on estime que la magnitude devait être de l’ordre 6 voire plus. La fréquence et la puissance de ces séismes va peu à peu diminuer mais on raisonne en millions d’années, pour nous rien ne va changer. Il n’y a pas de raison que ce qu’il s’est passé il y a 50 ans ne se reproduise pas. Chaque siècle, il y a entre un et trois séismes violents.

Arette après le séisme de 1967. CRÉDIT PHOTO : ARCHIVES SO

Peut-on prévoir où et quand ?

Non, pas à court terme. Mais à force d’observation et d’études, nous avons une bonne connaissance des secteurs où la terre tremble, d’où une carte avec un zonage sismique de la France. On ne peut pas empêcher des tremblements de terre mais on peut en minimiser les conséquences en adaptant les constructions selon cette éventualité.

La plupart des séismes ne sont en fait même pas ressentis…

Tout à fait. On commence à les ressentir à partir d’une magnitude de 1,5 à 2. Cela dépend aussi de la profondeur. En Béarn et Bigorre, on en recense tous les mois avec cette énergie-là. Au-delà de 4,5 c’est plus rare, pas nécessairement chaque année. À partir de 5, on parle d’un séisme violent, et s’il est pas profond ni éloigné d’une ville, il peut faire des dégâts comme des fissures ou des chutes de cheminée. Le séisme de 1660 fait office de référence, les normes para-sismiques sont définis en fonction de celui-ci et il n’y a aucun argument qui fasse redouter un tremblement de terre plus fort.