Pourquoi fait-il si froid ? C’est la faute au « réchauffement global »

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SOURCE: SUD-OUEST.

L’hiver s’éternise. Dans le nord du pays, la Normandie s’est réveillée vendredi sous quelques centimètres de neige. Les températures minimales ont flirté hier avec le zéro dans le Nord-Pas-de-Calais, comme en Picardie. On est mieux loti au sud. « Dans le Sud-Ouest, le mois de mars a été classique, avec des températures inférieures de 0,1 °C à la normale. En revanche, plus on va vers le nord, plus l’anomalie est remarquable. On approche les 3 °C d’écart », résume David Salas y Melia, un chercheur en climatologie à Météo France.

Cet hiver qui s’étire doit-il sa rigueur aux bouleversements climatiques ? Ce débat anime la communauté des chercheurs. Ceux-ci constatent la récurrence d’une phase négative de « l’oscillation nord-atlantique », qui régit la circulation atmosphérique au-dessus de l’Atlantique Nord. Pour dire vite, une phase positive de l’oscillation nord-atlantique (ONA) correspond à un hiver doux et perturbé. Une phase négative à un hiver froid, entrecoupé de chutes de neige, parfois abondantes. « Durant les années 1960 et 1970, on a plutôt eu des phases négatives. Puis des phases positives dans la décennie 1990 », explique David Salas y Melia.

Selon certains chercheurs, le réchauffement global de la planète pourrait être incriminé. En clair, la France aurait plus froid parce qu’il ferait plus chaud. Pour le moins déroutante, cette hypothèse perd de son caractère farfelu dès lors que l’on entre un peu dans les détails. Si l’on en croit les travaux de l’Institut de Potsdam (Allemagne) pour la recherche climatique, les vagues de froid qui se déclenchent dans l’hémisphère Nord seraient liées à la fonte accélérée de la banquise arctique en été. À la fin septembre 2012, cette dernière s’est réduite à 3,4 millions de kilomètres carrés, une peau de chagrin jamais vue. Le précédent record datait de 2007, avec 4,2 millions de kilomètres carrés. Très loin de la moyenne observée entre 1979 et 2000 : 6,5 millions de kilomètres carrés.

Le gel dégringole du pôle

Ce phénomène aurait des effets sur la circulation des masses d’air à l’extrémité nord du globe. La fonte de la mer gelée enverrait un air humide dans l’atmosphère, qui dégringolerait ensuite sur l’Europe du Nord, en suivant un corridor de vent nord-nord-est. Le phénomène engendrerait ces épisodes neigeux et glacés qui durent jusqu’au printemps. « Ce n’est pas une vérité scientifiquement établie. On a là une hypothèse parmi d’autres », juge David Salas y Melia.

La recherche combine cet examen avec celui de la haute atmosphère, au-dessus du pôle Nord. Quand le vortex des courants rapides se ralentit en altitude, il pourrait libérer de l’air froid vers des latitudes plus basses. Ce qui expliquerait pourquoi l’Irlande du Nord, en mars, ressemble au Groenland en janvier. Mais là encore, le consensus scientifique est introuvable.

On sait déjà que le prochain rapport du Giec, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat, ne sortira pas d’une approche assez orthodoxe : en Europe, on devrait à l’avenir essuyer des vagues de froid moins fréquentes, moins intenses et plus courtes. « C’est l’état de la science », selon David Salas y Melia.

Le rapport devrait sortir en septembre prochain. La tendance au réchauffement, qui y sera confirmée, n’est pas contradictoire avec les observations. « On a eu des événements neigeux assez fréquents ces dernières années, mais pas très froids. Comme en février 2010. Dans le même type de circulation des masses d’air, on peut se référer à des hivers beaucoup plus froids par le passé, en 1962-1963 par exemple. Si vous ajoutez 1 °C à des températures très basses, vous obtenez toujours des températures très basses ! Mais qui sont cohérentes avec le réchauffement climatique global », note le spécialiste de Météo France.

SOURCE: SUD-OUEST.