C’’est le lac du Grècq, du Grec ou de l’’Y ?

Le lac au pied de la tour Moncade et le sentier qui en fait le tour. © PHOTOJEAN SARSIAT

On est un peu déboussolé. Pourquoi maintenir plusieurs noms au lac dans lequel se mire la tour Moncade ?

Un panneau situé au rond-point Jacques-Moutet indique la direction du « lac du Grècq », tout proche. C’’est là, au pied de la tour Moncade, qu’a été tiré le magnifique feu d’’artifice que le programme officiel de la ville annonçait… au « lac de l’’Y » ! De quoi désorienter les touristes de passage, comme nous confiait ce riverain : « Un couple venant du camping de la Source, arrêté devant la pancarte « lac du Grècq », m’a demandé si celui de ‘l’Y était situé plus haut sur la route de Dax ».

Autre exemple, parmi d’’autres : pour la Fête de la nature, organisée au printemps dans le cadre de l’’Agenda 21, le public est invité à se rendre au lac de l’’Y.

Pourtant ce lac aménagé par la municipalité Ricarrère, avait été baptisé le « Grècq » sous la municipalité Issartel.

C’’est Christian Lamaison et Michel Grosclaude, grands spécialistes de la culture occitane qui avaient été chargés de plancher sur le nom et la graphie du ruisseau qui donne son appellation au lac.

Ce cours d’’eau, appelé avec insistance « le Grec » par l’’historien local Pierre Cazaubon dans sa publication « Caüses de Nouste » de 1979 (imprimerie Moulia), prend naissance au nord de la ville. Il est constitué par la jonction de deux ruisselets » : l’arriù de Grosmoulut et l’arriù de Saint-Picq, qui drainent le bassin qui va de la route de Dax à la route de Mont-de-Marsan. C’’est d’ailleurs à la confluence des deux ruisselets que le lac actuel a été créé.

Avec ses deux affluents, le ruisseau formait donc un Y. C’est la raison pour laquelle il était désigné sur certaines cartes par la lettre Y. Mais Pierre Cazaubon – tout comme Michel Grosclaude et Christian Lamaison – jugeait peu crédible « cette évocation du tracé dans la nature ». En effet, en consultant les archives, ils constatèrent que le nom qui a été le plus souvent utilisé c’’est « le Grec » qui serait une déclinaison de lo grèish ou la grèisha (gras ou graisse en béarnais). En effet, le long du ruisseau traversant la ville jusqu’au gave, il y avait autrefois, du pont du Goundet à la rue Guanille, de nombreux ateliers de tanneurs. Les peaux pour être transformées en cuir étaient d’abord lavées dans le ruisseau. D’’où la présence de graisses nauséabondes. Cette hypothèse a conduit à la proposition du mot Grècq finalement inscrit sur deux pancartes indiquant la direction du lac.

Une explication occitane

Christian Lamaison que nous avions interrogé nous expliqua la démarche : « En occitan, le Grec s’écrit’’ Lo Grèc ‘’ avec un ‘‘e’’ ouvert qui demeure en français. Michel Grosclaude conseilla de garder le ‘‘cq’’ qui est une caractéristique du français du Béarn (cf. Lacq), tout comme c’est le cas pour l’’accentuation de la seconde des lettres doubles des finales toniques : le Laà, Lanneplaà, Puyoô… »

Et de préciser : « Le souci était de conserver la mémoire du nom et surtout la tradition locale ».

Depuis quelques années, l’’Y refait toutefois surface. On notera également que dans les années 1960, Louis Grousset, correspondant de « Sud Ouest », parlait… de ‘l’Ygrec.

À l’’évidence, ce plan d’’eau est confronté à un trop plein de noms !

Alors ce magnifique lac dans lequel se mire la tour Moncade, c’’est celui du Grècq, de l’’Y, de l’Ygrec ou du Grec ?… Il y a de quoi y perdre son latin !

Archive Sud-Ouest publié le 19/08/2013

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